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La punition oui, mais laquelle à l’école ?

La pratique du châtiment continue-t-elle d’exister encore dans nos écoles primaires ? Quelle est la nature des punitions infligées à nos écoliers et élèves. Afin de répondre à ces différentes questions et suite à la publication du rapport alarmant de l’UNICEF sur le châtiment à l’école, « L’Opinion » a passé une journée au sein d’une des plus vieilles écoles rbaties.
L’école dont il est question n’est pas n’importe laquelle. Il s’agit bien de l’école Allal Ben Abdallah sise à l’Avenue Mohamed Zerktouni (Akkari), dont la date de création remonte à 1914.
Créée comme une école publique, elle fait partie du patrimoine national. Outre les cours normaux dispensés par douze enseignants, l’école dispose également de deux classes d’intégration appelées Infirmité Motrice Cérébrale (IMC). Ces cours sont destinés aux élèves handicapés.
Il est plus de 10 heures en ce jour de canicule lorsque nous débarquons à l’école Allal Ben Abdallah sur l’avenue Mohamed Zerktouni à quelques mètres de la Protection civile. A notre arrivée, nous sommes reçus par nos hôtes dans un local qui fait office de bureau du directeur de l’école. Nos hôtes sont M. Kassbaoui Mohamed, directeur de l’école, et M. Noureddine Rhoumdane, président de l’Association Marocaine pour la Protection de l’Enfance, Solidarité et Développement, qui ont décidé d’apporter un éclairage sur la pratique du châtiment corporel qui perdure malheureusement encore dans nos écoles primaires.
« Le châtiment en général existe dans la pédagogie marocaine. Et même au niveau de la famille. A l’école, il y a des instructions officielles venant du ministère de l’Education nationale qui interdisent strictement le châtiment, notamment corporel.
Le malheur du châtiment corporel est qu’il peut négativement influencer toute la vie de l’élève. Ce genre de châtiment laisse non seulement des cicatrices sur le corps de l’enfant, mais lui fait garder aussi de mauvais souvenirs des enseignants.
Pis encore, en continuant à châtier corporellement les élèves, nous leur laissons inconsciemment un mauvais legs. Le châtiment ne représente pas un bon moyen d’éducation ». C’est en ces termes que Kassbaoui schématise les conséquences du châtiment corporel à l’école dont il demande avec insistance l’interdiction formelle.
Le directeur a par ailleurs abordé la question du châtiment psychique qui est la résultante des mots sévères qui restent, selon lui, gravés dans la mémoire de l’enfant pendant longtemps. Cette autre forme de châtiment est pire que le châtiment corporel, renchérit-il.
Le directeur est le genre de personne dont la compagnie ne lasse pas. Sa riche expérience pédagogique alimente la discussion avec anecdotes et réflexions philosophiques pleines de sens et de sagesse. « Les enfants sont comme de la pâte à modeler. Ils ont besoin d’être assistés jusqu’à un certain âge.
C’est ce qui leur permet de faire la différence entre le mal et le bien. C’est pourquoi je soutiens la thèse selon laquelle, « en cas de bêtises de la part d’un enfant », il faut lui tirer les oreilles. Cependant, je dis non au châtiment corporel à l’école ». Pour lui, l’enseignement est un métier qui exige le sang-froid, le calme, la sérénité et le contrôle de soi-même.
Châtiment corporel : Pratique injuste et dépassée
Quant à M. Noureddine Rhoumdane qui prépare une thèse sur la psychologie de l’enfant malade et de l’enfant dans l’école, il avoue que le châtiment corporel est une pratique injuste et dépassée. A rappeler que l’Association Marocaine pour la Protection de l’Enfance est le partenaire de l’Académie régionale de l’éducation et de formation de la région Rabat-Salé-Zemmour-Zaër intégrée à l’école Allal Ben Abdallah. « Je suis dans cette école, il y a seulement une année.
Depuis mon arrivée, je me suis rendu compte de l’effort fourni par le staff pédagogique pour mettre fin au châtiment, que ce soit sur le plan physique ou psychologique. Les cas de châtiment à l’école Allal Ben Abdallah sont surtout d’ordre psychologique. Ce genre de châtiment ne peut jamais avoir de conséquences néfastes sur la psychologie de l’enfant ( ? !). Je condamne strictement les méthodes barbares et archaïques de châtiment que certains enseignants continuent malheureusement à faire subir à nos enfants qui représentent le Maroc de demain ».
Il arrive souvent que son association saisit la justice pour des cas de châtiment corporel considérés très graves. C’est le cas d’une enseignante d’une école de la commune de Yacoub El Mansour qui a agressé un enfant épileptique. Celui-ci s’est retrouvé de ce fait dans le coma.
« En tant que chercheur dans le domaine de la psychologie de l’enfant, j’ai mis en place des projets à l’école Allal Ben Abdallah afin de contribuer à l’épanouissement de l’enfance marocaine et lutter contre le châtiment à l’école. Ces projets s’inscrivent dans le cadre de la valorisation de l’espace à l’école. Le manque d’espaces verts et de terrains de sport, représente pour moi une autre forme de punition qui ne dit pas son nom », nous confie Noureddine. Pour lui, l’aménagement de l’espace peut servir de moyen de lutte contre la violence à l’école en ce sens que les mauvaises conditions de travail du corps enseignant occupent une grande place dans la persistance du châtiment à l’école. « Je crois qu’en créant les conditions normales et requises pour le bon déroulement des cours, cela pourra permettre aux enseignants de parer aux énervements qui entraînent le plus souvent le châtiment sans raison valable ».
A propos de punitions, pour ne pas dire tortures aux décharges électriques dans les écoles marocaines comme mentionné dans un passage du rapport de l’UNICEF, Noureddine n’est pas précis. Selon lui, ce genre de punitions peut exister, mais ceux qui procèdent par cette méthode inhumaine ont certainement des problèmes psychiques. Les décharges électriques peuvent entraîner des arrêts cardiaques.
D’après lui, les cas de châtiment connus dans nos écoles sont d’ordre physique, discriminatoire entre élèves de la part des enseignants. Des élèves qui sont protégés du directeur ou d’un enseignant ont un traitement différent de celui de leurs camarades.
Pour lutter contre la violence entre les élèves, l’association a mis en place une police à l’école, constituée d’élèves. Le châtiment réservé à celui qui porte préjudice à son camarade, est d’ordre psychologique et non physique ou corporel. C’est-à-dire que le coupable peut être privé de certaines activités récréatives, en l’occurrence le sport, les excursions...
M. Essaleh Mohammed, secrétaire général de l’Association des parents d’élèves de l’école Al Ahbass (Diour Jamaâ), en visite de travail à l’école Allal Ben Abdallah, affirme que le châtiment a toujours existé dans le système éducatif marocain, en ajoutant que le manque d’attention de la part des parents et des responsables du ministère de l’Education nationale, ne peut que contribuer à la persistance de cette pratique qui se propage de plus en plus dans nos établissements scolaires.
D’après lui, son association peut intervenir à tout moment lorsqu’il est question de châtiment corporel considéré très grave. Pour cela, à l’instar de l’école Allal Ben Abdallah, une police scolaire composée d’élèves sera mise en place à l’école Al Ahbass dès la rentrée prochaine.
Qui aime bien, châtie bien !
L’ensemble du corps enseignant interrogé reconnaît avoir déjà châtié des élèves.
Cependant, ils affirment que cette pratique ne va plus avec le travail. D’après eux, il y a plusieurs manières de punir un enfant sans passer par des méthodes barbares. « Moi, je suis surtout pour le châtiment psychologique si un élève ne fait pas son devoir. Par exemple, je le prive de la sortie pour faire du sport, pour les excursions en dehors de l’école.
« Qui aime bien, châtie bien », dit l’adage. Les enfants ont toujours besoin d’assistance pour la simple raison qu’ils ne sont pas conscients de tous leurs actes. Les laisser continuer, voire perdurer dans les bêtises, ne leur fera pas de bien dans leur avenir. Le châtiment existe bel et bien à l’école.
Ceci dit, ce ne sont pas toutes les formes de châtiment qui sont de mise », avoue Mme El Amrani Saïda, enseignante dans les classes d’intégration.
Nadia, enseignante de la 6ème année, va dans le même sens que sa collègue en avançant, « bien sûr que nous sommes contre le châtiment corporel. Nous procédons par d’autres moyens pour punir l’élève, à savoir punition par écrit.
Répéter les choses par écrit, est une bonne méthode parce que l’élève est non seulement puni, mais ce qu’il recopie reste pour toujours dans sa mémoire. Je suis pour la suppression du châtiment corporel à l’école. Mais à condition que l’élève soit quelqu’un de conscient. Dans ma classe, les élèves sont en 6ème année du primaire, ils sont grands et conscients. Je n’ai pas beaucoup de problèmes avec eux. Mais, lorsqu’il s’agit des enfants qui ont entre 7 et 8 ans, c’est très difficile et compliqué sans punition. Il faut souvent punir et non battre ».
A l’école Allal Ben Abdellah, à l’instar des autres écoles marocaines, des cours de civisme et de droit sont dispensés aux élèves. Un parlement des élèves a même été créé afin de les responsabiliser et les impliquer dans les prises de décisions.
C’est un travail associatif en partenariat avec les enseignants. Les élèves ont commencé à apprendre leurs droits et devoirs. Ils savent maintenant qu’ils ont le droit de ne pas être battus sans fondement, ni raison valable. L’indiscipline, les disputes entre élèves, les devoirs non faits, les vols des affaires scolaires entre élèves, telles sont à peu près les raisons qui poussent les enseignants à punir les élèves. La punition oui, mais laquelle dans nos écoles ? En attendant de trouver une réponse à cette question, halte au châtiment corporel à l’école !.


Mamadi CAMARA

  
 
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